LES PREMIERS PAS

L’histoire d’ISTERION est une aventure commencée de longue date, un peu trop longue me diriez-vous, puisque sa genèse remonte au 21 décembre 2003.
À cette époque j’étais un enfant qui aimait déjà beaucoup écrire. Je profitais des longs trajets de voiture pour rédiger des petites histoires d’une ou deux pages, et j’avais même commencé une petite série de récits supposément drôles du nom de Bettoman, un cross-over absurde entre le film du chien Beethoven et les histoires de Monsieur Malchance.
En dehors du dessin et de l’écriture, comme tout gamin de ma génération qui voyait le numérique envahir les maisons, je jouais aussi sur l’ordinateur – un Windows 95 déjà obsolète – et un jeu tout particulier me passionnait : c’était Civilization II : Test of Time (dont la saga continue aujourd’hui). Ce divertissement, que surveillait étroitement mon père, me captivait pour ses allures de Seigneur des Anneaux, ses créatures qui faisaient l’émerveillement de mon imagination hésitante, ses batailles, ses monuments à bâtir… À travers ce jeu je créais ma propre histoire, le récit de mon peuple que je croyais glorieux, et je me retrouvais avec cet univers chaque weekend.
Un jour, j’avais alors fait une partie dont le déroulement avait été si prenant, les batailles si épiques et mémorables que je décidais de coucher sur papier les récits de cette aventure virtuelle. Je m’en souviens très précisément car un copain d’école devait passer à la maison ce même jour afin que je lui rende un jeu, et j’avais commencé à écrire les premières lignes en attendant l’heure à laquelle il arriverait.
J’entreprenais donc de faire le récit de cette belle partie de Civilisation II. Je m’imaginais déjà dépeindre les fresques de guerres titanesques ; je voyais très clairement ces montagnes traversées de grands monstres, les tours de siège en flammes, et aujourd’hui encore j’ai cette même image devant les yeux. Mais il me semblait inconcevable de décrire de grandes batailles sans avoir créé un héros, un monde – en d’autres termes un commencement à mon histoire.
Un titre fut alors donné, à la fois simple et évocateur : MIDGARD, et Salazar mon héros débutait son épopée. Une histoire fantastique voyait le jour.

Les trois premiers cahiers de MIDGARD

Le scénario était assez rudimentaire : Salazar, un homme du Moyen Âge, se retrouve téléporté dans le monde de Midgard où la guerre sévit entre les Empereurs des sept pays libres et Volsang, le Seigneur du Mal.
Les idées fusaient de part et d’autre et tout ce qui inspirait mon quotidien était jeté pêle-mêle dans le récit. C’est ainsi que, sans aucune honte, le méchant de l’histoire était un descendant de Voldemort, qu’il possédait la Soul Reaver, ou que le duel d’Eowyn qui l’opposait au Roi-Sorcier était intégré à la bataille ultime. Je ne m’interdisais aucune influence, allant même jusqu’à piocher des logos de skateboard pour représenter les blasons royaux de mes personnages. Et pour ce qui était de composer le décor, je m’appuyais paresseusement sur le lexique imaginaire de Civilisation II. J’étais en classe de 5ème et force était de constater que ce banal récit de jeu vidéo – qui n’aurait dû faire que deux à cinq pages – en faisait quarante, et que les choses avaient pris de l’ampleur.

UNE DEUXIÈME VERSION

Tout le long du collège je continuais de poursuivre le récit de MIDGARD avec engouement. J’écrivais toujours dans mes cahiers et je ne manquais pas d’illustrer les récits et personnages, dont je découpais les dessins et collais ces derniers à l’intérieur. Les influences culturelles n’arrêtaient pas d’affluer en masse, et après les univers vidéoludiques ce fut au tour des manga et du Seigneur des Anneaux de marquer le récit de leur empreinte.
En octobre 2005, l’histoire de MIDGARD atteignait les deux cent dix pages. Puis une longue pause s’ensuivit.

Les 210 pages de la première version

J’ignore les motifs derrière cette pause – au beau milieu d’un paragraphe – mais elle dura environ six mois. Sans doute une évolution dans mes goûts et mon écriture avaient eu raison de cette première version qui affronta avec difficulté le jugement, ô combien cruel et mal assumé, du temps.
Le 6 mars 2006 marquait donc le début d’une nouvelle version, toujours sous le nom de MIDGARD. Le scénario avait été revu et tout le paysage transformé. L’histoire se déroulait désormais entièrement en Midgard et Volsang, un homme frustré et désireux de se venger de ses pairs, levait une armée pour jeter à bas les Empereurs et devenir le maître du monde. À compter de cette version, l’histoire était devenue plus personnelle. Le contexte heroic fantasy puisé chez Tolkien formait toujours l’ossature du livre mais la majorité des autres influences avaient été évincées. Il n’y avait plus de Voldemort ni de personnages de manga ; les noms avaient été réinventés, les lieux également. Toutefois, pour m’aider dans la création des personnages et leur trouver à tous un caractère propre, je piochais encore des noms du Seigneur des Anneaux, dont la richesse visuelle apportée par Peter Jackson m’était d’ailleurs d’une grande utilité pour les descriptions.
Cette seconde version du livre était nettement plus captivante. Je travaillais la profondeur des protagonistes et les péripéties s’enchaînaient à bon rythme. J’étais tout enjoué par mon histoire et la faisait lire à mon père et également à mon enseignante de français au lycée. Le partage de l’univers de MIDGARD avec cette personne m’encouragea fortement à persévérer.

La deuxième version de MIDGARD

La deuxième version de MIDGARD remplissait cinq cahiers et un peu plus, soit un total de trois cents trente-sept pages.
Elle aussi s’interrompit brusquement, dans la lancée d’une tension narrative, le 29 août 2008, à quelques jours de la rentrée scolaire. Ici, les raisons derrière cet arrêt se devinaient aisément : l’année 2008 – 2009 était la fameuse année du baccalauréat, et n’étant pas spécialement brillant élève, il avait fallu étudier beaucoup et écrire peu.
En farfouillant mes notes, je me suis aperçu que j’avais tout de même eu l’audace de poursuivre l’écriture de MIDGARD durant les vacances de Noël 2008. Il y eut donc une poignée de pages écrites durant ces vacances scolaires, puis un couple de pages en février 2009, une seule page écrite en mars et quelques autres encore en avril. Et ce fut tout… ou presque.

DES VACANCES EN CORSE

Il est de ces événements dont la motivation primaire est banale au possible mais les conséquences absolument heureuses. C’est le cas d’une colonie de vacances pour 14 – 18 ans que j’ai eu la chance de faire en Corse, au mois d’août 2009.
J’avais arrêté d’écrire MIDGARD depuis quatre mois et après les épreuves de baccalauréat, bien loin de me remettre à l’écriture, était venu le temps du repos, des grandes vacances. Au premier jour de colo mon père m’avait donc gentiment emmené à l’aéroport d’Orly, où je devais prendre l’avion pour la Corse avec les autres jeunes. Comme je ne connaissais personne je m’étais assis à côté de quelqu’un qui discutait avec sa voisine dans un enthousiasme rare. Ce quelqu’un, c’était Henri. Je ne parlais à personne alors Henri avait fini par se tourner vers moi pour engager la conversation avec quelque chose comme : « Et toi c’est quoi ton prénom ?« . Je lui racontais ainsi ma vie et lui la sienne, et c’est là qu’on s’était découvert une passion commune : l’écriture d’invention.
Avec Henri on avait beaucoup discuté durant cette quinzaine de jours en Corse, et MIDGARD n’avait pas fait exception aux sujets abordés. En lui racontant tout mon scénario sous un soleil de plomb, Henri m’aida à le restructurer et l’enrichir d’éléments dont le récit manquait.
Pour être franc, l’écriture de MIDGARD n’avait été qu’un passe-temps jusqu’alors, presque une drôle d’habitude que j’avais prise au fil des années. À travers ces carnets, écrits avec cette encre bleue et cet effaceur qui les auraient confondus à un cahier scolaire, je n’avais jamais songé sérieusement à la publication d’un livre. Mais Henri écoutait mon histoire avec le plus grand intérêt, et en échangeant avec lui MIDGARD avait littéralement changé de dimension. Ce n’était plus une histoire qui s’animait dans ma tête, ce n’était même plus mon jardin secret ; elle venait d’entrer dans le monde réel à la vue de tous et soudain, la perspective de le soumettre un jour à une maison d’édition ne me semblait plus si absurde.
Par le passé on m’avait déjà suggéré de publier mon récit, en le retapant à l’ordinateur pour l’envoyer à un éditeur, et je me souviens avoir regardé mon interlocuteur avec des yeux ébahis. Comment ?! Cette personne s’imaginait que quelques individus allaient se pencher sérieusement sur mon histoire ? C’était insensé. Et voilà qu’Henri m’avait fait changer d’avis.

LA TROISIÈME VERSION

De retour à la maison j’avais laissé décanter tous ces bouleversements narratifs. J’avais tout de même repris l’écriture de la seconde version – le sixième cahier donc – et j’avais avancé d’une dizaine de pages avant d’y mettre un terme définitif. Il n’était plus possible de continuer avec l’histoire actuelle. J’étais donc reparti de zéro et les cahiers suivants étaient devenus une liasse de brouillons et de notes. L’écriture au propre se faisait désormais à l’ordinateur.
Le scénario demeurait assez semblable dans les grandes lignes, mais la nature même des personnages avait été significativement modifiée et la fin inédite. Certains protagonistes disparurent définitivement, d’autres virent le jour.

La dizaine de carnets de brouillon

La reprise de MIDGARD démarrait en parallèle de la rentrée scolaire de septembre. J’attaquais alors une année d’école préparatoire aux concours d’architecture à Paris. L’école était loin de la maison et un aller en train me demandait une heure et quart de trajet.
Tout de suite j’employais ce temps pour griffonner mes textes, que je recopiais et remaniais ensuite à l’ordinateur. Le train n’était pas cet atelier rêvé de l’écrivain amateur ; la concentration y était pénible, le calme souvent inexistant, mais il avait cet avantage de ne pas disposer des divertissements qui garnissaient habituellement une chambre d’étudiant, et de ce fait MIDGARD avançait à bonne allure.

ENVOI ET SUITE

Le 29 juillet 2012, je parvenais à la conclusion de quelques huit cents pages d’écriture. Tous les chapitres de MIDGARD étaient bouclés. Les semaines suivantes furent dédiées à la relecture et aux corrections mineures, puis à la mise en page afin de mettre le tapuscrit aux normes des maisons d’édition. Enfin, le 23 septembre 2012 j’envoyais le projet MIDGARD à neuf maisons d’édition. Neuf, tels les compagnons de la Communauté de l’Anneau. J’espérais que ce chiffre symbolique me porterait chance et succès.
Plusieurs mois s’étaient écoulés après l’envoi du tapuscrit et les maisons d’édition qui prirent le temps de me répondre s’alignaient sur une décision commune : c’était non.
Pour être sincère je ne sais plus vraiment quelle avait été ma réaction. Je devais être certainement déçu, froissé, mais… peu surpris. Neuf maisons d’édition, c’était vraiment un petit envoi. Les chances avaient été très maigres dès le début.
En vérité l’année scolaire 2012 – 2013 avait été une période d’étude très intense et peu stable moralement, et je dois avouer que le projet MIDGARD n’était plus ma première préoccupation. Si le roman essuyait un échec, alors tant pis. Je rangeais tous ces carnets dans un recoin peu accessible d’une étagère et les chapitres ne furent plus consultés pendant des années.

Une des rares illustrations esquissées durant la période creuse.

Pendant cinq ans le projet MIDGARD était resté en veille. Tout au plus, un dessin était esquissé dans le train, puis rangé et rapidement oublié.
Au printemps 2017, transporté par de fraîches inspirations et guidé d’une nouvelle volonté, je décidais de tout reprendre. Scénario, personnages, visuels… Tout allait être revu sous un œil plus aiguisé. La reprise fut tout d’abord timide et irrégulière. Il pouvait passer parfois deux semaines et plus avant que je ne retouche au scénario. C’était dans l’esprit du « rien ne presse, travaille dessus quand tu sens que c’est le moment« . J’alimentais cet univers d’illustrations que j’esquissais le matin avant de partir au boulot, et c’était à peu près tout. Les idées venaient, je les attrapais au vol quand elles semblaient judicieuses, et c’était là l’essentiel. Tout ce remaniement voletait dans un flou global sans ordre ni méthodologie, dans mon esprit comme sur mes notes, mais ce n’était pas bien grave. Car le monde de MIDGARD, plongé si longtemps dans l’obscurité, regagnait enfin la lumière.

S’ensuivit une période professionnelle chargée qui nécessita à nouveau l’interruption du projet MIDGARD. Chose curieuse, ce fut après cette pause forcée que MIDGARD redémarra véritablement, avec un rythme d’écriture hebdomadaire et l’intention ferme de réaliser une œuvre aboutie.

2019

En 2019 le scénario est quasiment achevé. Pour la première fois en seize ans, le nom de MIDGARD est abandonné au bénéfice d’un nom plus personnel : ISTERION ; et afin de célébrer dignement cette renaissance, un logo et un site ont été créés. La carte, les personnages et le paysage sont redéfinis avec beaucoup de soin. Les visuels arrivent au compte-goutte et sont publiés sur le site.
Il me tarde d’écrire le premier chapitre de cette ultime version.