LES MISILIENS

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Plutôt que de décrire qui étaient les Misiliens, il était probablement plus aisé de répondre à la question Où vivaient-ils ? pour mieux comprendre ce peuple à l’histoire particulière. Le peuple des Misiliens se démarquait en effet par sa complexe position sur la carte d’Istérion.
Leur royaume prenait place, à quelques exactitudes près, au centre du monde ; c’est-à-dire qu’ils étaient à la fois voisins des Sildarii et des Stygiens, et à la fois voisins des Djinns. Plus étonnant encore, leurs terres occidentales faisaient le lien entre le Bas Royaume des Séraphins et le Royaume Libre des Pingouins, dont ils auront formé ensemble la fameuse Triple Alliance de 1517.
C’était un carrefour sur lequel se croisaient peuples, marchandises et idéaux, qui avait sculpté le paysage misilien.

Les Misiliens descendaient d’une des trois familles du peuple sildari, dite la branche lunaire. Au terme d’un long désaccord, ils avaient décidé de se séparer et les Misiliens avaient entrepris un exode vers l’Ouest, un voyage sans retour en somme, le long de la Mer Ledanir. Au-delà des vastes forêts qui faisaient le domaine des Sildarii, les exilés s’établirent dans les plaines veloutées du Nemestir, face à la mer murmurante, et furent les architectes d’un royaume humble mais beau par sa simplicité.
Quelques huit siècles s’étaient doucement écoulés quand les hordes djinnes, tout droit descendues de leurs montagnes et armées jusqu’aux dents, vinrent frapper à la porte du peuple misilien.
Les Misiliens n’étaient pas les nomades vagabonds dont les arrogants Nariens avaient dressé le portrait ; ils étaient dignes, organisés et farouches. Bien loin de subir les assauts de ce nouvel ennemi, les Misiliens leur tinrent tête, la lance acérée, le bouclier levé, et la Triple Alliance qui les unit aux Pingouins et Séraphins constituait désormais un rempart solide contre les Djinns.

Quatre cents ans de paix permirent aux Misiliens de vivre une époque dorée, avant que le crépuscule de l’Histoire ne leur tombât dessus. Un vent néfaste, sorti tout droit des forges djinnes et surnommé plus tard le raktac, souffla sur leurs terres et empoisonna les populations. En plus de la guerre qui enflammait à nouveau l’Ouest, les Misiliens devaient faire face aux épidémies qui décimaient le peuple.
La mort frappait aux portes des maisons quand elle ne frappait aux murailles, et ainsi, poussés aux abois, les Misiliens appelèrent à l’aide. Et les Stygiens répondirent.

Ce fut là encore une curieuse histoire dans laquelle s’empêtrait le royaume misilien ; parce que les Stygiens, sur le chemin ascendant de leur puissance, ne prêtèrent pas main forte à leurs voisins, mais fournirent un remède – contre monnaie il fallait le préciser – qui maîtrisait les effets du raktac. Ils vendaient des arbrisseaux, les melgirë, capables de fournir un air très sain et permettant ainsi aux Misiliens de survivre dans des cloches de verre, hermétiques au souffle meurtrier.
Les Misiliens gardèrent toujours une rancœur envers les Stygiens qui s’enrichissaient grassement sur leur infortune. Du reste, leur santé s’améliorait, les remparts étaient à nouveau vigoureusement gardés, et la menace djinne semblait écartée. Leur frontière commune demeurait si stable qu’au bout du compte, las de leurs escarmouches incessantes, les Djinns et les Misiliens signèrent un traité de paix, judicieusement appelé le Pacte Sincère.

Le raktac frappait toujours leur peuple, mais l’heure était à l’espérance. Un conseil devait réunir toute la fine élite des royaumes afin d’établir des accords chez les Djinns – principalement des résolutions de conflit – et les Misiliens comptaient bien mettre le sujet du raktac sur la table.