LES DJINNS

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Il était difficile de décrire les Djinns tant leur civilisation était méconnue du reste des gens d’Istérion. C’était un peuple au passé nébuleux, certainement très ancien, qui avait alimenté bien des débats dans les hautes sphères intellectuelles de leurs ennemis.
Car c’était ça, avant tout, les Djinns : des ennemis. Féroces, coriaces et increvables comme le parasite, ils avaient bataillé en toute occasion et en tout point sur leurs frontières, et fait couler le sang de bien des générations. Ils menaient encore aujourd’hui, une guerre millénaire – oui, millénaire ! – aux Nariens, aux Pingouins et aux Séraphins, et en avaient mené une encore contre les Misiliens jusqu’au traité de paix du Pacte Sincère.

On ignorait quand les Djinns étaient apparus en Istérion. Parmi les seules certitudes qu’il fût permis d’avancer, c’était une civilisation qui s’était longtemps développé sous terre, dans le ventre aveugle des Montagnes Noires, et ils y avaient vécu durant des siècles sans presque jamais apercevoir la couleur du ciel. Ils avaient ensuite émergé de leurs souterrains, tribu par tribu, proliférant sous la couverture ombreuse des forêts torturées, drapés dans la brume des montagnes, et sitôt qu’ils s’étaient répandus en terrain découvert ils se confrontèrent aux Séraphins, et ainsi le premier conflit d’Istérion éclata.
De l’an 1002 jusqu’en 2730, époque dans laquelle s’inscrivait notre récit, l’histoire des Djinns n’était qu’une longue chaîne de batailles meurtrières, dont les rares mailles brisées concordaient aux brèves périodes de paix vigilante. Hommes qui retournèrent à la poussière, cités qui tombèrent en ruines fumantes, le sang inondait les terres et se déversait en ruisseaux terribles.

Au passé sombre et orageux allaient pourtant succéder des jours d’éclaircie, promesses d’un avenir lumineux où les mauvais souvenirs filaient déjà vers l’horizon lointain et ses contours vaporeux. Les Djinns s’étaient en effet lassés – s’épuisaient -, selon la version des Pingouins et Séraphins, de ces guerres qui ne poussaient les frontières ni d’un côté, ni de l’autre ; et de cette lassitude partagée avec les Misiliens ils conclurent enfin un traité de paix avec ces derniers, en 2614.
Les Stygiens, par l’intermédiaire d’Ismar le Vénérable, organisèrent à deux reprises des conseils dans l’espoir de faire rengainer les armes à jamais. Le premier s’était soldé par un échec désastreux avec l’assassinat des émissaires djinns par des fanatiques, et le second ne rencontra pas meilleur succès.

Quarante ans plus tard un troisième conseil était en passe d’être tenu, cette fois-ci chez les Djinns, au grand déplaisir de leurs vieux ennemis…